Des carrés de plexiglas, des bouchons en liège, quelques pics à brochette, du carton ondulé, des pistolets à colle chaude… créer l’école de demain à l’aide d’une panoplie d’accessoires apparemment anodins ; la fabriquer à partir d’idées neuves, inspirantes, écologiques et lumineuses. C’est l’exercice auquel se sont livrés des citoyennes et citoyens montréalais dans le cadre d’une charrette citoyenne organisée samedi 9 février à l’initiative de la Troisième Avenue. Se sont joints à cette activité l’Association des familles du Centre-Sud, le Centre Canadien d’Architecture l’Écomusée du Fier Monde et les Services aux collectivités de l’UQÀM. Au préalable, le psychologue communautaire Camil Bouchard, l’architecte social Ron Rayside et Rivellie Tchuisseu, parent d’élèves, engagée dans le mouvement Parents en action pour l’éducation, avaient introduit la problématique de l’architecture scolaire. Comme on plante le décor.

« Abattons les murs ! Une nouvelle architecture pour l’école publique ! », clamaient les organisatrices et les organisateurs de ce premier rendez-vous innovant. C’est précisément ce qu’ont fait la trentaine de participants réunis à l’Écomusée du Fier Monde. Jouer à l’architecte. Encadrés par les animatrices du Centre Canadien d’Architecture, ils ont défini en quelques lignes fortes ce que serait, pour eux, une école rêvée. Quelques mots ont suffi à la caractériser. Petite. Ouverte. Verte. Accueillante. Communautaire. Polyvalente.

À partir de quelques principes, ils ont ensuite dessiné des plans, tracé des lignes, tantôt droites, tantôt courbes. Ils ont cherché à délimiter l’espace, à l’organiser ou plutôt à le réorganiser. Comment traduire un concept en réalité architecturale ? Comment charpenter une abstraction ? Ce carré de plexiglas peut permettre de traduire une envie de lumière. Ces bouchons de liège surmontés d’une touche de vert vont figurer un parti pris écologique. Dans l’école idéale imaginée par l’assemblée, les murs sont des fenêtres. La cour est un jardin. Le toit un potentiel énergétique. Le beau y est la norme et les moisissures n’ont définitivement plus le droit au chapitre. Dans l’école idéale, les courants d’air sont bienvenus, ils témoignent des va-et-vient des membres de la communauté, ils accompagnent les acteurs de l’école dans leurs déplacements et leurs interactions.

En deux heures de temps, cette première charrette citoyenne a permis de réaliser cinq maquettes d’école, certes encore confuses mais qui témoignent d’une envie profonde de transformer l’école et d’y changer les rapports. Le président de la Commission scolaire de Montréal, Daniel Duranleau, faisait partie des architectes néophytes. Comme lui, deux commissaires scolaires de la CSDM ont également participé à la charrette. Leur présence au côté des parents était un signe fort que les préoccupations pour l’éducation peuvent être partagées.

La prochaine étape aura lieu le 8 mars au Centre Canadien d’Architecture. Cette fois-ci, ce sont les enfants qui imagineront l’école de leur rêve. Des plans 3D de l’ensemble des maquettes seront ensuite élaborés. En proposant un processus de concertation centré sur l’implication citoyenne, la Troisième Avenue et ses partenaires souhaitent désormais que des groupes de citoyens se servent des outils créés pour « interpeller dans le cadre d’assemblées publiques, les candidates et candidats à la prochaine élection des commissaires scolaires sur leur vision de l’école et leur engagement. »

 Par Rémi Leroux, journaliste indépendant